Tribune de Serge LEPELTIER, le 16 février 2005
Le Président de la République a réuni, mardi matin, des scientifiques et des chefs d’entreprises, pour célébrer l’entrée en vigueur officielle du protocole de Kyoto. C’est évidemment un événement historique qui marque une étape forte sur le plan international.
Rappelons le contexte. La connaissance scientifique est quasiment aujourd’hui sans équivoque. Tous les scientifiques poussent un cri d’alarme : si nous ne faisons rien, si nous n’agissons pas dans les vingt prochaines années, une catastrophe écologique majeure s’abattra sur le monde dès les années 2050. A la clé, tempêtes, canicules à répétition, événements climatiques extrêmes, dérèglement des écoystèmes, menace sur les littoraux.
Nous n’en sommes qu’à l’aube des actions à prendre dans ce domaine. Il y a urgence et soyons clairs et modestes : beaucoup d’efforts sont encore devant nous.
Ce qui a réellement changé aujourd’hui, et ce que j’ai pu observer par mes rencontres avec les élus et mes concitoyens, en écoutant les industriels, c’est que nous parlons aujourd’hui tous d’une seule voix, en France, et même en Europe. Les mentalités ont déjà formidablement évolué. La prise de conscience est là, ce qui manque encore c’est le « déclic » qui permet de passer de cette prise de conscience au geste citoyen. La véritable question qui se pose aujourd’hui est : comment créer le « déclic » pour passer des objectifs à la réalité ? Comment accomplir ce défi de la lutte contre le changement climatique qui est aujourd’hui, partagé par tous !
Créer ce déclic, c’est l’ambition du Plan Climat que j’ai présenté, au nom du Gouvernement, le 22 juillet dernier.
Au delà de la maîtrise de nos différentes consommations, la réponse passe fondamentalement par la recherche et la technologie.
Les énergies renouvelables, et plus généralement toutes les « technologies propres », sont aujourd’hui unanimement reconnues comme nécessaires par tous les décideurs : nécessaires à notre pays pour la lutte contre l’effet de serre ; nécessaires à notre pays pour apporter une alternative à la société du tout-pétrole et à la raréfaction des ressources pétrolières qui menace déjà nos économies ; nécessaires pour garantir une diversification de notre bouquet énergétique, à travers des sources d’énergie décentralisées, qui sont une garantie pour la sécurité de l’approvisionnement énergétique de notre pays. Diversifions nos énergies.
La France est en train, aujourd’hui, de se doter réellement d’une vraie stratégie industrielle écologique. Les décideurs, les entreprises, comme le Gouvernement, ont pris la mesure du formidable enjeu pour la France que représente la recherche industrielle dans les technologies propres.
Nous ne pouvons pas rester en retrait sur la recherche par rapport aux Etats-Unis et au Japon qui ont misé massivement sur la technologie pour répondre aux problèmes écologiques de demain.
Le Plan Climat a déjà permis de débloquer 40 millions d’euros supplémentaires pour la recherche sur les véhicules propres, hybrides ou électriques. Une Fondation bâtiment-énergie, dotée de 8 millions d’euros, a également été créée. Il faut sans doute aller plus loin, et mobiliser tous les secteurs de l’économie.
Le discours du Président de la République aux forces vives de la Nation, le 4 janvier dernier, permet de donner à la France les moyens de cette ambition économique.
Véritable signe des temps, sur les dix grands programmes industriels préconisés par le rapport de Jean-Louis Beffa au Président de la République, six de ces grands programmes sont écologiques :
- la pile à combustible et la filière hydrogène ;
- la voiture économe et propre ;
- les biocarburants ;
- le solaire photovoltaïque ;
- la capture et la séquestration du CO2 ;
- le bâtiment économe.
C’est une nouvelle vision de notre avenir industriel qui est ainsi tracée. C’est une stratégie dessinée pour la France qui reconnaît ce fait essentiel, que les marchés de demain seront fondés sur les technologies propres. C’est dans ce même esprit que j’ai lancé, cette année, une aide aux « Emplois de l’Ecologie » : 1000 emplois de jeunes seront aidés à hauteur de 50% par l’Etat pour créer de vraies fonctions environnementales durables dans les petites et moyennes entreprises. Ce dispositif aidera les jeunes qui sont de plus en plus nombreux à aimer l’écologie et à la faire vivre au sein des entreprises.
La réponse passe, ensuite, par les instruments économiques.
Des instruments profondément innovants viennent de voir le jour, dans le cadre du Plan Climat que j’ai annoncé et nous avançons avec détermination. Le plus innovant de ces instruments est le plan de quotas de CO2, qui est le fruit d’une année et demi de travail avec vingt-trois fédérations industrielles. Ce plan plafonne les émissions industrielles de CO2 françaises. Notre plan a fait partie des plans approuvés par Bruxelles : les premières affectations de quotas aux entreprises auront lieu le 28 février. Le plan français est incitatif puisqu’il prévoit un effort de réduction de 2,5% supplémentaires en plus des engagements volontaires de réductions des émissions déjà consentis par les industriels. Il conforte le positionnement de notre économie comme l’une des moins émettrices de C02 d’Europe.
La France ne s’est pas contentée de suivre au pied levé la réglementation européenne : elle a, à travers la Caisse des Dépôts et Consignations, développé le registre informatisé qui gèrera les échanges de CO2 et qui servira de modèle dans d’autres pays européens. Elle s’est portée leader en préparant une future place de marché centralisée ou « Bourse du CO2 » qui sera en place dans les prochaines semaines.
La réponse passe, enfin, par l’engagement et la prise de conscience de chacun de nos concitoyens.
Les Français sont prêts à faire les bons choix écologiques à condition qu’on leur explique comment et qu’on les aide concrètement. Nous avons lancé une campagne de sensibilisation « Faisons vite, ça chauffe » pour faire vivre cette prise de conscience. Loin des discours moralisateurs, loin des leçons faciles, nous diffusons avec l’ADEME toutes les informations utiles pour guider les Français pour acheter un véhicule moins polluant, pour éteindre ses appareils en veille, mieux isoler son logement pour faire des économies… Chaque Français a envie d’agir, de participer. Chaque Français a envie d’acquérir des réflexes écologiques, de trier ses déchets, d’utiliser des produits biodégradables, d’économiser de l’énergie, à condition que nous l’informions et que nous lui en donnions les moyens. Parce que l’écologie a besoin de chacun de nos concitoyens. « L’écologie a besoin de vous ». C’est le sens d’une grande campagne que je vais lancer au printemps.
Serge Lepeltier |